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| John Robinson |
Dans ce film, le réalisateur réussit à faire ressentir au spectateur cette sensation de "calme avant la tempête". Les nuages noirs qui percent au loin, Beethoven, ces longues marches silencieuses dans les couloirs. On pourrait presque penser que le film est inversé. On a l'impression de traverser un lycée endeuillé d'avance. Mais, connaissant l'issue du film par rapport aux faits d'actualités, on peut se rendre compte de la terrible injustice dont ces adolescents vont être victimes quelques heures plus tard. On prend bien le temps de se promener dans ce lycée, d'observer tous ces jeunes si différents, de s'attacher, s'identifier aux uns plus qu'aux autres. Et si on faisait nous aussi parti de ce lycée ? Un élève parmi les autres. Gus Van Sant sait jouer avec le spectateur et le rend témoin de la scène qui se déroule, mais, encore une fois, on reste impuissant. Un réalisateur sadique ? Non, un réalisateur talentueux. Un réalisateur qui s'attarde aussi sur ces deux garçons qu'on aurait presque envie de défendre, qu'on a envie de tirer doucement par le bras en leur disant que ça va aller. Même eux montrent une rage qui a longtemps été enterrée mais nous font comprendre que, cette fois-ci, le trou n'est plus assez grand. Et ça explose.
Elephant c'est aussi des scènes poignantes. Cette scène de la douche, moi je la trouve... extrêmement touchante. Pas vulgaire ni ridicule, mais simplement émouvante. Il y a là un contraste entre ce moment d'intimité et de tendresse inattendue et le moment de la fusillade. Juste avant, le moment où l'un d'eux joue du piano pendant que son ami est devant un jeu vidéo. Le notes de Beethoven qui effleurent à peine le piano, profondes, graves, pour finir énervées et impatientes et finallement tout jeter par la fenêtre. Encore un contraste fulgurant entre la musique et la scène, qui nous fait prendre conscience de la véritable personnalité mais aussi de la profondeur de son malaise. Finallement, ce film est un jeu entre le calme et la violence. Mais c'est le calme d'une souffrance qui pèse, et où cette violence serait le coup de tonnerre qui viendrait mettre fin à tout ça. Il est peut-être là le message du réalisateur lorsqu'il filme le ciel. Une sorte de métaphore de la tempête. On ne peut pas sortir de la salle dans le même état d'esprit dans lequel on est rentré.
Et si ce film a fait autant parlé de lui, ce n'est pas pour rien qu'il a été élu le 2ème meilleur film de la décennie par les Cahiers du Cinéma et qu'il a remporté la Palme d'Or et le Prix de la mise en scène à Cannes ainsi que le Prix de l'Education Nationale, rien que ça.
"Am Stram Gram..."

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